Pierre Puget : les œuvres marseillaises du sculpteur

En bref

  • Pierre Puget est né au Panier en 1620 et reste la figure artistique majeure du XVIIe siècle à Marseille
  • Son chef-d’œuvre architectural absolu est la chapelle de la Vieille Charité avec son dôme ovoïde unique
  • On peut admirer ses sculptures originales et peintures au Musée des Beaux-Arts, dans l’aile gauche du Palais Longchamp

Quand on parle des grandes figures qui ont façonné l’histoire de notre cité phocéenne, un nom revient toujours avec une fierté particulière. Ce n’est pas un joueur de l’OM, ni un chanteur, mais un artiste du Grand Siècle qui a tenu tête au Roi Soleil lui-même. Pierre Puget, souvent surnommé le “Michel-Ange de la France”, incarne le génie baroque marseillais dans toute sa splendeur.

En ce mois de décembre 2025, alors que la lumière d’hiver frappe les pierres blanches de la ville, il est fascinant de redécouvrir les traces laissées par cet enfant du pays. Né dans le quartier populaire du Panier, il a voyagé en Italie, travaillé à Toulon, mais son cœur et son talent sont toujours revenus vibrer pour Marseille.

Beaucoup passent devant ses œuvres ou les lieux qui portent son nom sans connaître l’histoire tumultueuse de cet homme. C’était un créateur complet : sculpteur, peintre, architecte, et même décorateur de navires. Son caractère était trempé, tout comme celui de la ville.

Pour comprendre le lien indéfectible entre pierre puget marseille et l’art baroque, il faut plonger dans les ruelles du XVIIe siècle. Loin des salons parisiens poudrés, Puget a sculpté la souffrance, l’effort et la foi avec une puissance qui force encore le respect aujourd’hui.

L’enfant du Panier : les origines d’un génie local

Tout commence le 16 octobre 1620. Pierre Puget voit le jour dans une maison construite par son propre père, située rue du Puits du Denier. Nous sommes au cœur du Panier, ce quartier qui surplombe le port, bruyant, vivant et populaire.

Son père, Simon Puget, était maître maçon. Il avait quitté ses terres agricoles de l’Estaque pour s’installer en ville. On a longtemps cru que Pierre était né à l’Estaque, dans la vallée de Riaux, une légende qui a même inspiré un tableau au peintre Cézanne bien plus tard.

La réalité est plus urbaine. Pierre grandit dans les ruelles étroites du plus vieux quartier de France. Mais le destin frappe vite : il n’a que deux ans lorsque son père meurt d’une chute d’échafaudage. Une tragédie qui marque le début d’une vie faite de résilience.

À quatorze ans, sa mère le place en apprentissage. Il ne commence pas par le marbre, mais par le bois, chez Maître Roman, un spécialiste du mobilier d’église. C’est là, au milieu des copeaux et de l’odeur du bois, que le jeune Pierre affûte ses premiers ciseaux.

On oublie souvent que Puget n’est pas devenu sculpteur de marbre du jour au lendemain. Il a d’abord appris la rigueur de l’artisanat. C’est cette base technique solide qui lui permettra plus tard de dire que “le marbre tremble devant lui”.

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La Vieille Charité : le chef-d’œuvre architectural

S’il ne fallait retenir qu’une seule trace de Pierre Puget à Marseille, ce serait celle-ci. La Vieille Charité n’est pas seulement un musée ou un centre culturel aujourd’hui, c’est l’une des plus belles réalisations architecturales du XVIIe siècle en Europe.

L’histoire de ce lieu est touchante. Il fallait construire un hospice pour abriter les pauvres et les mendiants de la ville. Puget, devenu architecte reconnu, propose un plan audacieux en 1671. Il imagine bien plus qu’un simple refuge : il conçoit un palais pour les déshérités.

Le cœur de cet ensemble est la chapelle. Située au centre de la cour rectangulaire, elle surprend par son dôme ovoïde (en forme d’œuf). C’est une rupture totale avec le style classique de l’époque. On y sent l’influence du baroque italien qu’il a tant aimé à Rome et Gênes.

Voici les éléments qui rendent ce monument exceptionnel :

  • La pierre rose et blanche de la Couronne, qui prend des teintes magnifiques au coucher du soleil
  • Les trois niveaux de galeries à arcades qui entourent la cour intérieure, donnant une impression d’infini
  • Le portique à colonnes corinthiennes de la chapelle, digne d’un temple antique
  • L’acoustique parfaite sous la coupole, conçue pour élever les chants vers le ciel

En vous promenant dans la cour de la Vieille Charité, vous marchez littéralement dans le rêve de pierre de Puget. C’est une architecture qui respire, qui protège et qui impressionne sans écraser. C’est sans doute là que l’âme de l’artiste est la plus palpable.

Les trésors conservés au Musée des Beaux-Arts

Pour voir les sculptures de près, il faut quitter le Panier et se diriger vers le plateau Longchamp. Le Musée des Beaux-Arts de Marseille, situé dans l’aile gauche du somptueux Palais Longchamp, abrite une collection inestimable dédiée à l’enfant du pays.

On y trouve notamment un bas-relief en marbre d’une intensité dramatique : “Saint Charles Borromée priant pour les pestiférés de Milan”. Achevé en 1694, c’est l’une de ses dernières œuvres. Le réalisme est saisissant, presque effrayant.

Au premier plan de cette sculpture, un fossoyeur traîne un cadavre. La scène est crue. Puget n’a jamais caché la réalité de la mort ou de la souffrance. Il avait vu les ravages de la maladie et savait traduire cette horreur dans la pierre blanche.

Le musée conserve également :

  • Le moulage de l’Immaculée Conception, dont l’original se trouve à Gênes
  • Des peintures rares, car Puget était aussi peintre, bien que moins connu pour cela
  • La statue “Le Faune”, qui montre sa capacité à capter le mouvement
  • Des études en terre cuite, montrant le travail préparatoire de l’artiste

Ce qui frappe dans ces salles, c’est la tension musculaire des personnages. Contrairement aux statues figées et froides, celles de Puget semblent prêtes à bouger. Les veines sont saillantes, les visages grimacent d’effort ou de douleur.

C’est ce qu’on appelle le “baroque berninesque”, en référence au Bernin. Mais Puget y ajoute une touche française, une certaine mélancolie et une puissance brute qui n’appartient qu’à lui. On dit souvent qu’il est “plus berninesque que le Bernin” lui-même.

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De Toulon à Marseille : une carrière entre deux ports

On ne peut pas parler de Pierre Puget sans évoquer ses voisins toulonnais. C’est là-bas, à l’arsenal, qu’il a réalisé une partie majeure de sa carrière. Il a dirigé l’atelier de sculpture et décoré les navires de la flotte royale.

Son œuvre la plus célèbre à Toulon reste les Atlantes qui soutenaient le balcon de l’ancien hôtel de ville. Ces deux colosses de pierre ne portent pas le monde avec facilité. Ils souffrent. Leurs visages expriment la fatigue extrême des portefaix, ces dockers que Puget observait sur les quais.

Cette observation du réel, du labeur des gens du port, il l’a transposée dans son art. C’est ce qui rend son travail si “marseillais” dans l’esprit. Il ne sculpte pas des dieux éthérés, mais des hommes qui triment sous le soleil.

Cependant, son attachement à Marseille est resté viscéral. Après la disgrâce de son protecteur Fouquet et des tensions avec Colbert, qui le trouvait trop indépendant et trop cher, Puget revient finir ses jours ici. Il voulait embellir sa ville natale.

Il a proposé plusieurs projets d’urbanisme pour Marseille :

  • Un projet grandiose pour un nouvel Hôtel de Ville en 1663 (non retenu)
  • L’aménagement de places royales et de nouvelles rues
  • Des plans pour structurer l’expansion de la ville hors des remparts médiévaux

Malheureusement, beaucoup de ses idées d’architecte pour Marseille sont restées dans les cartons, faute de budget ou de volonté politique à l’époque. On imagine à quoi ressemblerait le Vieux-Port si tous ses plans avaient été validés.

La bastide disparue de la colline Fongate

Il existe un lieu fantôme dans la géographie de Puget à Marseille. Vers la fin de sa vie, entre 1690 et 1693, l’artiste achète un terrain sur les pentes de la colline Fongate. À l’époque, c’était la campagne, couverte de vignes.

Il y construit sa maison de campagne, sa “bastide”, connue sous le nom de Pavillon Puget ou Villa Fongate. C’était son refuge, son petit coin de paradis pour s’éloigner du tumulte du port. Il l’a conçue lui-même, soignant chaque détail de l’architecture.

Hélas, le développement urbain est impitoyable. Le Pavillon Puget a été démoli en 1747, à peine cinquante ans après sa mort, pour permettre le prolongement de la rue Balthazar-Dieudé. Aujourd’hui, il ne reste rien de cette demeure intime.

C’est une perte immense pour le patrimoine local. On ne peut que l’imaginer à travers des gravures anciennes ou des plans d’époque. Cela nous rappelle que Marseille est une ville qui se renouvelle sans cesse, parfois au prix de sa propre histoire.

Néanmoins, l’artiste est décédé dans sa maison de ville, rue des 13 Escaliers (aujourd’hui disparue également), le 2 décembre 1694. Il a laissé derrière lui une fortune modeste mais une gloire immense qui allait traverser les siècles.

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L’héritage visible dans les rues d’aujourd’hui

Si la Villa Fongate a disparu, le nom de Puget est partout. Les Marseillais le croisent tous les jours sans forcément y prêter attention. Il fait partie des murs, littéralement.

Le Jardin de la Colline Puget, qui grimpe au-dessus du Vieux-Port, est le plus ancien jardin public de la ville. Bien que nommé en son honneur bien après sa mort, il offre une vue que le sculpteur aurait sans doute adorée pour ses croquis.

On trouve également :

  • La rue Pierre Puget, artère importante qui relie le Palais de Justice à la Préfecture
  • Le Cours Pierre Puget, large et majestueux, bordé de beaux immeubles
  • Une statue à son effigie qui trône dans plusieurs endroits clés de la région

Au-delà des noms de rues, c’est l’esprit du baroque provençal qu’il a insufflé qui perdure. Cette façon d’aimer le volume, la lumière, le théâtre, c’est très marseillais. Puget a ouvert la voie à une forme d’art qui n’a pas peur de l’exagération pour dire la vérité.

Les élèves du collège qui porte son nom apprennent aujourd’hui qui était ce “Monsieur Puget”. C’est une belle revanche pour celui qui a commencé comme simple apprenti sculpteur sur bois et qui a fini par faire trembler le marbre de Carrare.

Pourquoi Pierre Puget fascine toujours

Ce qui rend Pierre Puget moderne, c’est son indépendance. À une époque où tout devait passer par Paris et Versailles pour exister, il a choisi de rester dans le Sud une grande partie de sa vie. Il a travaillé à Gênes, à Toulon, à Marseille.

Il a refusé de se plier totalement aux diktats de l’Académie Royale. Colbert s’agaçait de ses exigences salariales et de sa liberté de ton. Puget savait ce qu’il valait. Il écrivait à Louvois : “la pièce de marbre est sans défaut et blanche comme neige”. Il avait un rapport charnel à la matière.

Son “Milon de Crotone”, bien que conservé au Louvre, est l’exemple parfait de sa philosophie. L’athlète, coincé dans l’arbre, hurlant de douleur alors qu’un lion le dévore, symbolise la vanité de l’effort humain. C’est tragique, violent et sublime.

Pour les amateurs d’art qui visitent Marseille, Puget est la preuve que la ville a toujours été un carrefour culturel majeur. Ce n’est pas seulement une porte vers l’Orient, c’est aussi un foyer de création intense qui rivalisait avec les capitales italiennes.

Si vous souhaitez ramener un souvenir de cette ambiance artistique unique, au-delà des savons et des navettes, jetez un œil à notre sélection d’affiches de Marseille. Certaines capturent magnifiquement cette lumière et cette architecture qui ont tant inspiré le maître.

Au final, Pierre Puget reste le patron des artistes marseillais. Il nous rappelle que le talent n’a pas besoin de s’exiler pour éclore, et que la beauté peut surgir d’un bloc de pierre brute, pour peu qu’on y mette assez de sueur et de cœur.

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