En bref
- L’accès en voiture est réglementé et souvent interdit l’été : privilégiez la marche ou les transports en commun
- C’est l’une des rares calanques avec une vraie plage de sable, idéale pour les familles mais l’eau y reste fraîche
- Le restaurant “Le Château” n’accepte pas la carte bleue, pensez à retirer du liquide avant de descendre
Sormiou n’est pas qu’une simple crique, c’est un monument de la culture marseillaise. Située dans le 9ème arrondissement, elle représente pour beaucoup l’évasion totale à quelques kilomètres du vélodrome. Quand on parle de la plage sormiou, on évoque immédiatement des souvenirs de dimanches en famille et d’apéros interminables face au couchant.
C’est un lieu où le temps semble s’être arrêté. Loin du tumulte du centre-ville, on y retrouve l’essence même de la vie provençale. Le décor est planté : une eau turquoise, des collines de calcaire blanc et ces fameux cabanons qui font rêver n’importe quel visiteur.
Mais attention, ce paradis se mérite. On ne descend pas ici comme on va acheter son pain. Il faut connaître les règles, respecter les lieux et parfois suer un peu sur les sentiers pour avoir le privilège de poser sa serviette sur ce sable blanc.
Découvrir Sormiou, c’est accepter de laisser sa montre et son stress en haut du col. C’est plonger dans une histoire faite de pêcheurs, de comtesse poète et de plongeurs pionniers. Voici tout ce qu’il faut savoir pour profiter de ce joyau sans passer pour un “touriste”.
Un décor unique entre sable blanc et cabanons traditionnels
Ce qui frappe d’abord quand on arrive au col de Sormiou, c’est le panorama. La vue plongeante sur la calanque est sans doute l’une des plus belles de la région. On distingue immédiatement cette large bande de sable, une rareté dans le massif des Calanques.
Contrairement aux autres criques souvent constituées de blocs de rochers ou de galets inconfortables, la plage sormiou offre un confort royal. Elle s’étend sur environ 60 mètres, mélangeant sable fin et petits galets. C’est ce qui en fait un lieu de prédilection pour les familles marseillaises.
L’eau y est d’une clarté absolue, virant du bleu profond au turquoise transparent près du bord. Cependant, un détail surprend souvent les baigneurs non avertis : la température de l’eau. Elle est souvent plus fraîche ici qu’ailleurs.
Cette fraîcheur s’explique par la présence d’une source d’eau douce souterraine qui se déverse dans la calanque. C’est d’ailleurs ce qui a donné son nom au lieu, “Sormiou” signifiant la “meilleure source” en provençal. Un rafraîchissement bienvenu quand le soleil de plomb tape sur la roche blanche.
Le charme de l’endroit tient aussi à son architecture vernaculaire. Une centaine de cabanons bordent la plage et le petit port. Ces petites maisons ne sont pas des résidences secondaires classiques. Elles n’ont ni eau courante, ni électricité pour la plupart.
C’est un choix de vie assumé par les propriétaires. On s’éclaire au panneau solaire ou au gaz, on vit dehors, on partage. Ces cabanons se transmettent de génération en génération, souvent au sein des vieilles familles du quartier de Mazargues.
Il règne ici une atmosphère de village gaulois. Les cabanonniers sont les gardiens du temple. Ils entretiennent ce lien profond avec la nature, conscients de leur privilège immense de vivre les pieds dans l’eau dans un parc national.
Le paysage est encadré par deux crêtes majestueuses : la crête de Sormiou au sud-ouest et celle de Morgiou au nord-est. Au large, on aperçoit les îles de Riou, Plane et Jaïre, qui semblent veiller sur l’entrée de la baie.
Comment rejoindre la calanque sans encombre
L’accès à ce petit paradis est le point noir si on ne s’y prépare pas. La configuration géographique fait que la calanque est isolée au bout d’une route sinueuse et étroite. En été, la gestion des flux devient un véritable casse-tête.
La route d’accès traverse le quartier des Baumettes. C’est un chemin qui grimpe sec, en lacets serrés. Si vous êtes en voiture, la prudence est de mise car les croisements sont difficiles. Mais attention, l’accès motorisé est très restreint.
Durant la saison estivale et les week-ends de beau temps, la route est fermée aux visiteurs. Une barrière gardée filtre les entrées au niveau des Baumettes. Seuls les résidents (les cabanonniers) et ceux qui ont réservé au restaurant peuvent passer avec leur véhicule.
Pour le commun des mortels, il faudra vérifier les conditions d’accès à la calanque de Sormiou avant de partir. Le plus sûr reste souvent de laisser la voiture au parking de la Cayolle ou aux Baumettes et de finir à pied.
La descente à pied est une randonnée en soi. Depuis le col, comptez environ 45 minutes de marche. Le sentier offre des points de vue magnifiques, mais il faut être chaussé correctement. Oubliez les tongs pour la descente, vous les mettrez une fois sur le sable.
Voici quelques options pour descendre :
- À pied par le sentier : Le plus classique, ça chauffe les mollets au retour mais la vue compense l’effort.
- En bus : Les transports en commun vous rapprochent du départ des sentiers, c’est l’option la plus écologique.
- En voiture (hors saison) : Un parking payant (environ 5€) vous attend en bas, vestige de la propriété privée des lieux.
Il ne faut pas oublier le risque incendie. En été, l’accès au massif forestier est réglementé par la préfecture. Les jours de grand vent (Mistral), l’accès peut être totalement interdit, même aux piétons. C’est une mesure vitale pour la sécurité de tous.
Si vous choisissez de venir en voiture quand c’est autorisé, sachez que le stationnement en bas est limité. Le parking se remplit vite et il est hors de question de se garer de manière sauvage le long de la route, sous peine de gêner les pompiers.
Une histoire riche : de la contrebande à la poésie
Sormiou n’a pas toujours été ce lieu de détente. Ses grottes et ses recoins ont longtemps servi de cachettes. Marius Chaumelin, écrivain du XIXe siècle, racontait déjà comment les contrebandiers utilisaient les excavations rocheuses pour leur trafic.
Les douaniers veillaient au grain. Le poste de douane, situé à mi-côte, surveillait la mer jour et nuit. Le bâtiment le plus long de la calanque, aujourd’hui divisé en plusieurs habitations, était d’ailleurs leur caserne.
L’histoire moderne de Sormiou est indissociable de Marie de Sormiou. Née Marie de Buret, cette femme de lettres a reçu la calanque en dot à la fin du XIXe siècle. Avec son mari, le comte Alfred de Ferry, ils sont tombés amoureux de cet endroit sauvage.
Ils y ont fait construire en 1894 une bâtisse qui détonne au milieu des cabanons modestes : “Le Château”. C’était leur résidence d’été. Marie y venait à cheval pour pique-niquer et écrire des vers chantant la beauté des calanques.
Le couple a aussi lancé la construction des premiers cabanons destinés à la location. À l’époque, c’était pour des pêcheurs modestes ou des excursionnistes du dimanche. C’est le début de cet “art de vivre” populaire et convivial qui perdure aujourd’hui.
Sormiou a aussi marqué l’histoire de la plongée sous-marine. C’est ici, dans ces eaux claires, que le commandant Cousteau, accompagné de Georges Beuchat et Albert Falco, a réalisé ses premières plongées en bouteilles dès 1942.
Les fonds marins y sont d’une richesse exceptionnelle. L’herbier de Posidonie, véritable poumon de la Méditerranée, y est bien visible. C’est un site historique pour l’exploration du monde du silence.
Plus récemment, la culture pop s’est emparée des lieux. Des films comme “La French” avec Jean Dujardin y ont été tournés. Mais pour les locaux, Sormiou reste avant tout le décor de leurs souvenirs d’enfance, bien loin des caméras.
Activités et vie pratique : profiter au maximum
Une fois sur la plage sormiou, le programme est simple : profiter. La baignade est évidemment l’activité reine. La zone est surveillée en été, ce qui rassure les parents. C’est une ambiance très différente de la plage des Catalans, plus urbaine et bruyante.
Pour les sportifs, le centre UCPA situé à l’extrémité de la plage propose de nombreuses activités. On peut y louer des kayaks pour explorer les criques voisines inaccessibles à pied, ou s’initier à l’escalade sur les falaises environnantes.
La randonnée est aussi à l’honneur avec le passage du GR98. Ce sentier de grande randonnée traverse la calanque. On peut partir vers l’ouest en direction de la calanque de Morgiou en passant par le cap Morgiou, une balade magnifique mais exigeante.
Côté restauration, il y a une institution à ne pas manquer : le restaurant “Le Château”. Tenu par la famille Rambaldy depuis plus de 50 ans, c’est l’ancienne demeure de la comtesse. On y mange une cuisine provençale authentique face à la mer.
Attention, le restaurant a ses règles :
- Réservation obligatoire : N’espérez pas avoir une table en arrivant à l’improviste en plein mois de juillet.
- Paiement en espèces : La maison ne prend pas la carte bleue. Il n’y a pas de distributeur dans la calanque, alors prévoyez le coup.
- Ouverture saisonnière : Il est ouvert généralement d’avril à octobre.
Pour les budgets plus serrés ou les petites faims, une buvette est ouverte en journée. On y trouve des pan-bagnats, des pizzas et des boissons fraîches. C’est parfait pour un déjeuner sur le pouce les pieds dans le sable.
Le petit port de plaisance, protégé par sa digue, accueille les barques des locaux. C’est un lieu de flânerie agréable, où l’on peut observer les pêcheurs préparer leurs filets ou simplement discuter le bout de gras.
Enfin, respectez la tranquillité des résidents. Les allées entre les cabanons sont des espaces privés ou semi-privés. On évite de crier sous les fenêtres à l’heure de la sieste, c’est une règle d’or ici.
Un patrimoine à préserver
Sormiou est victime de son succès. La surfréquentation estivale menace l’équilibre fragile de ce site naturel. L’érosion des sols, le piétinement de la flore et les déchets abandonnés sont des vrais problèmes.
Le Parc National des Calanques fait un gros travail pour canaliser les flux et protéger la biodiversité. En tant que visiteur, on a un rôle à jouer. Cela commence par ne rien laisser derrière soi, pas même un mégot de cigarette.
Les Marseillais sont fiers de leur patrimoine, et Sormiou en est un des plus beaux fleurons. C’est un endroit qui se respecte autant qu’il s’admire. On y vient pour la beauté, on y revient pour l’âme.
Que vous soyez là pour la journée ou juste pour quelques heures, prenez le temps de regarder autour de vous. Observez les nuances de bleu, sentez l’odeur des pins chauffés par le soleil et écoutez le chant des cigales. C’est ça, la vraie Marseille.