L’histoire de la construction du Stade Vélodrome

En bref

  • Le stade a été inauguré en 1937 sur les ruines des anciennes usines automobiles Turcat-Méry
  • Sa capacité est passée de 35 000 places à l’origine à près de 67 400 places aujourd’hui
  • La célèbre couverture blanche ondulée a été ajoutée seulement lors de la rénovation pour l’Euro 2016

Pour quiconque vit à Marseille ou s’intéresse à notre ville, le boulevard Michelet n’est pas une simple avenue. C’est le chemin de pèlerinage vers le temple du football local. Mais avant de devenir ce volcan blanc que l’on connaît aujourd’hui, l’enceinte a traversé près d’un siècle d’évolutions, de travaux et de polémiques.

Comprendre la construction stade velodrome, c’est plonger dans l’histoire sociale et politique de la cité phocéenne. Ce n’est pas seulement une histoire de béton et de tribunes, mais le récit d’une conquête progressive du cœur des Marseillais, qui ont mis du temps à adopter ce lieu.

On oublie souvent que ce géant de béton n’a pas toujours fait l’unanimité et qu’il a failli ne jamais voir le jour sous cette forme. Retour sur une épopée architecturale qui a façonné le deuxième plus grand stade de France.

La genèse du projet : pourquoi un stade à Saint-Giniez ?

L’histoire débute bien avant la première pierre. Dans les années 1920, Marseille se cherche une identité sportive forte. Au lendemain des Jeux Olympiques de Paris de 1924, la municipalité réalise que ses infrastructures sont indignes de la deuxième ville de France.

L’Olympique de Marseille joue alors au stade de l’Huveaune, une enceinte privée financée par les supporters eux-mêmes. Mais la ville veut son propre “stade municipal”. L’idée traîne en longueur jusqu’à ce qu’un événement majeur accélère les choses : la France obtient l’organisation de la Coupe du Monde de football 1938.

Il faut faire vite et voir grand. En 1935, la mairie jette son dévolu sur un terrain situé entre les quartiers de Saint-Giniez et Sainte-Marguerite. Le choix n’est pas anodin : il s’agit des ruines des anciennes usines automobiles Turcat-Méry.

L’architecte parisien Henri Ploquin est désigné pour mener le projet. Il connaît son métier, ayant déjà œuvré sur le stade de Vichy. Son plan initial est ambitieux et comprend non seulement le stade, mais aussi un palais des sports et une piste d’athlétisme.

Voici les caractéristiques du projet initial validé par la mairie :

  • Une capacité prévue de 35 000 spectateurs
  • 12 000 places couvertes (un luxe pour l’époque)
  • Une piste cyclable de 500 mètres encerclant la pelouse
  • Une piste d’athlétisme de 450 mètres
  • Un budget serré qui oblige à abandonner le palais des sports dans un premier temps

1935-1937 : Les défis de la construction du Stade Vélodrome

Le chantier démarre officiellement le 28 avril 1935. C’est le maire de l’époque, le docteur Georges Ribot, qui pose la première pierre. Les travaux s’annoncent titanesques pour l’époque et vont durer vingt-six mois.

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Le terrain nécessite des aménagements lourds. On ne se contente pas de poser des gradins ; il faut stabiliser le sol et créer une cuvette artificielle. Les chiffres du chantier donnent le tournis pour les années 30.

Les ouvriers doivent déplacer plus de 25 000 m3 de terre. Pour assurer la solidité des fondations dans cette zone du 8ème arrondissement, 240 pieux de 10 mètres de profondeur sont enfoncés dans le sol.

L’inauguration a lieu le 13 juin 1937. C’est une journée de fête populaire immense. Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux sports, fait le déplacement. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas le football qui est la vedette ce jour-là.

Le programme de cette journée inaugurale illustre bien la vocation multisports du lieu :

  • Un grand meeting d’athlétisme avec des courses à handicap
  • Une course cycliste sur la toute nouvelle piste en ciment
  • Le Marseillais Antoine Pugliesi devient le premier vainqueur de l’histoire du stade (en vélo !)
  • Un match de gala OM contre le Torino en clôture
  • Une victoire de l’OM 2-1 avec un premier but historique d’Émile Zermani

Un début difficile : le “Stade de la Mairie” boudé par les Marseillais

Si vous parlez aux anciens, ils vous diront que le Vélodrome n’a pas été aimé tout de suite. Loin de là. Pendant des décennies, il a souffert de la comparaison avec le stade de l’Huveaune, considéré comme le “vrai” stade de l’OM.

Les supporters reprochent au nouveau Stade Vélodrome son architecture trop ouverte. Les tribunes sont loin du terrain à cause des pistes cyclables et d’athlétisme. L’ambiance s’évapore, le son se perd.

On l’appelle avec dédain le “stade de la Mairie”. Les Marseillais se sentent chez eux à l’Huveaune, dont ils ont payé les tribunes via une souscription au début des années 20. Le Vélodrome sonne creux et froid.

De plus, le football doit cohabiter avec une multitude d’autres activités qui abîment la pelouse ou occupent l’espace :

  • Des arrivées du Tour de France et des championnats de cyclisme
  • Des courses de lévriers et de motos
  • Des compétitions de pétanque sur les cendrées
  • Des matchs de hockey sur gazon et de football américain
  • L’armée américaine y organise même un match de baseball à la Libération

De la piste cyclable aux tribunes : les premières évolutions

Il faut attendre les années 70 et 80 pour que le stade commence à ressembler à une véritable enceinte de football. La pression populaire et l’évolution du sport-roi obligent la municipalité à revoir sa copie.

En 1970, on installe quatre immenses pylônes de 60 mètres pour l’éclairage nocturne. C’est la fin des vieux projecteurs. L’année suivante, la capacité augmente légèrement grâce à la réduction de la piste cyclable.

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Mais le véritable tournant s’opère avec l’arrivée de Bernard Tapie en 1985. Le président de l’OM veut un stade à l’anglaise, chaud et bruyant. Il obtient la suppression totale de la piste cyclable qui ne servait plus.

Cette décision change tout. Les virages sont réaménagés et se rapprochent enfin du terrain. La capacité passe à 48 000 places. C’est le début des grandes soirées européennes et de la folie des virages Sud et Nord.

La transformation pour le Mondial 98 : naissance du géant

La France obtient l’organisation de la Coupe du Monde 1998. Marseille, terre de football, se doit d’avoir un stade à la hauteur de l’événement. Un appel d’offres est lancé en 1995 pour une rénovation complète.

Le chantier est colossal. On ne garde presque rien de l’ancien stade, à part une partie de la tribune Jean-Bouin et le haut de la tribune Ganay. Tout le reste est détruit pour être reconstruit en plus grand.

Les chiffres de cette rénovation montrent l’ampleur de la tâche :

  • 32 kilomètres de gradins construits
  • 20 000 m3 de béton coulés sur place
  • Une capacité portée à 60 000 spectateurs
  • Une architecture en forme de coquillage évasé
  • Un coût de près de 392 millions de francs

Cependant, cette version du stade, livrée pour le Mondial, va vite devenir la cible des critiques. L’architecte n’a pas prévu de toit. Le stade est ouvert aux quatre vents.

Le Mistral s’engouffre dans l’enceinte, refroidissant les spectateurs et emportant les chants des supporters. Rolland Courbis, entraîneur emblématique, le surnommera “l’Enrhumeur”. L’acoustique est catastrophique, le son ne reste pas dans le stade.

L’ère moderne et l’Euro 2016 : enfin un toit pour le volcan

La candidature de la France pour l’Euro 2016 offre l’opportunité de corriger les erreurs de 1998. Cette fois, le cahier des charges de l’UEFA est strict et la ville de Marseille veut un stade classé “catégorie 4” (anciennement 5 étoiles).

Le projet retenu est mené par le groupe Bouygues via sa filiale Arema. L’objectif numéro un est clair : couvrir le stade. Mais il faut aussi augmenter la capacité et créer des espaces VIP dignes des plus grands clubs européens.

Les travaux se déroulent alors que l’OM continue de jouer, ce qui représente une prouesse technique. La capacité est réduite temporairement, mais le stade ne ferme jamais complètement ses portes.

La nouvelle couverture est une merveille d’ingénierie :

  • Une charpente métallique de 5 500 tonnes (80% du poids de la Tour Eiffel)
  • Une toile en téflon translucide qui protège de la pluie tout en laissant passer la lumière
  • Une forme ondulée qui donne au stade son allure unique
  • Une hauteur de 65 mètres au-dessus de la pelouse
  • Un système de récupération des eaux de pluie pour l’arrosage
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Inauguré en octobre 2014, le nouveau Vélodrome offre désormais 67 394 places. Le toit agit comme une caisse de résonance formidable, renvoyant le bruit des virages vers le terrain. L’effet chaudron est enfin là.

Architecture et spécificités techniques du Vélodrome actuel

Aujourd’hui, quand on pénètre dans l’enceinte, on est frappé par la verticalité des tribunes, notamment la tribune Ganay qui face à la tribune présidentielle. C’est l’une des plus hautes d’Europe.

Une particularité de la construction stade velodrome persiste malgré les rénovations : les quatre tribunes ne sont pas reliées entre elles dans les angles. On ne peut pas faire le tour du stade par les gradins, contrairement au Stade de France.

Voici comment se répartissent les places dans la configuration actuelle :

  • Tribune Gustave-Ganay : environ 22 300 places (la plus grande)
  • Tribune Jean-Bouin : environ 18 800 places (contient les loges et la presse)
  • Virage Sud (Chevalier Roze) : près de 13 000 places (le cœur des ultras)
  • Virage Nord (Patrice de Peretti) : près de 13 000 places (l’autre poumon de l’ambiance)

Les virages portent les noms de figures historiques des supporters, rappelant que ce stade appartient avant tout au peuple marseillais. L’acoustique, tant décriée par le passé, est devenue une arme redoutable pour l’équipe locale.

Au-delà du football : une enceinte multisports et culturelle

Si le football reste l’activité principale, la configuration moderne permet d’accueillir bien d’autres événements. L’histoire du stade nous rappelle qu’il a toujours été polyvalent.

Le rugby y a trouvé une seconde maison. Le RC Toulon y délocalise régulièrement ses grands matchs de Top 14 ou de Coupe d’Europe, attirant des foules immenses. Le XV de France y joue aussi, profitant de l’ambiance survoltée que le public marseillais sait offrir.

La structure du toit permet également d’accueillir des concerts gigantesques dans de bonnes conditions sonores et visuelles. Les plus grandes stars mondiales y sont passées depuis la rénovation.

On peut citer quelques moments marquants hors football ces dernières années :

  • Les concerts monumentaux des Rolling Stones ou de Soprano
  • La venue du Pape François pour une messe géante en 2023
  • Les demi-finales du Top 14 de rugby
  • L’accueil de matchs de la Coupe du Monde de Rugby 2023

Conclusion

De la première pierre posée par le docteur Ribot en 1935 au chaudron bouillant couvert de blanc d’aujourd’hui, le Vélodrome a vécu plusieurs vies. Il est passé du statut de stade municipal mal-aimé à celui de monument incontournable, véritable emblème de la ville au même titre que la Bonne Mère.

La construction du stade Vélodrome ne s’est jamais vraiment arrêtée ; elle a été une adaptation constante aux besoins des Marseillais et à la grandeur de leur passion. Aujourd’hui, avec ses 67 000 places et son acoustique retrouvée, il est enfin à la hauteur de la ferveur qu’il abrite.

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