Du Québec au Pac : histoire des boissons marseillaises

En bref

  • Le Quebec est un soda marseillais aux extraits de plantes et de réglisse, souvent surnommé le “pastis sans alcool”
  • La marque Pac Citron, avec sa bouteille jaune emblématique, complète le duo des sirops historiques de la région
  • L’appellation “Quebec” viendrait de l’expression provençale “Què bèco” (quelle bouche) et non du Canada

Quand le soleil tape fort sur le Vieux-Port et que le cagnard se fait sentir, les Marseillais ont leurs habitudes. Si le pastis reste le roi de l’apéro, il existe tout un pan de la culture liquide locale qui résiste encore et toujours aux géants américains du soda.

On parle ici de monuments du patrimoine, de bouteilles que l’on retrouve sur les tables des familles depuis des générations. Parmi elles, une bouteille au goût anisé intrigue souvent les touristes par son nom exotique.

Pourtant, la boisson quebec origine n’a rien à voir avec nos cousins d’Amérique du Nord. C’est une histoire 100% locale, faite de légendes, de blagues de papés et d’un savoir-faire industriel qui a su traverser les époques sans prendre une ride.

En cette fin d’année 2025, alors que la nostalgie des produits authentiques bat son plein, redécouvrons ensemble pourquoi ces boissons font partie intégrante de l’identité marseillaise, au même titre que la Bonne Mère ou le stade Vélodrome.

Un mystère provençal : d’où vient vraiment le nom Quebec ?

C’est la première question que tout le monde se pose. Pourquoi donner le nom d’une province canadienne enneigée à une boisson désaltérante née sous le soleil de Provence ? La réponse se perd dans les méandres de l’histoire locale.

Si la date exacte de création reste floue (on parle du milieu du 20ème siècle), les hypothèses sur le nom vont bon train dans les bars de quartier. Deux écoles s’affrontent généralement lors des discussions de comptoir.

La première théorie, la plus pragmatique, raconte que le créateur avait un animal de compagnie peu commun : un ours. Il l’aurait baptisé Quebec en hommage aux grands espaces canadiens, et aurait ensuite donné ce nom à sa boisson.

La seconde théorie, bien plus ancrée dans le parler marseillais, est celle que l’on préfère ici. Elle repose sur un jeu de mots linguistique savoureux lié à la dégustation.

Voici les variantes de cette explication linguistique :

  • L’expression “Què bèco” : en provençal, cela signifie “Quelle bouche” ou “Quel goulot”, pour souligner le goût prononcé de la boisson.
  • Une référence à la curiosité : le goût étant indéfinissable au premier abord, l’expression traduirait la surprise du buveur.
  • La déformation phonétique : avec l’accent local, “Què bèco” sonne étrangement proche de “Quebec”, créant le malentendu qui dure depuis 70 ans.

Quelle que soit la vérité, ce nom a permis de construire un univers marketing unique, bien avant que le terme “storytelling” ne soit inventé par les agences de publicité parisiennes.

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La légende des ours : quand le marketing devient folklore

Si vous croisez un ours sur une affiche à Marseille, ne paniquez pas. L’animal est devenu l’emblème indissociable de la marque. Mais ce lien ne s’est pas fait en un jour. Il repose sur une série d’événements (ou de canulars géniaux) datant de 1956.

Cette année-là, une véritable psychose amusante s’empare de la région, de Marseille jusqu’à Martigues. Des témoins jurent avoir vu des ours se balader tranquillement en ville.

Les récits de l’époque sont à mourir de rire et témoignent de la gouaille locale. On ne parle pas d’ours agressifs, mais d’animaux visiblement assoiffés et amateurs de bonne vie.

Les témoignages recensés par la marque sont dignes d’un film de Pagnol :

  • Dans les calanques : des promeneurs affirment s’être fait voler leur bouteille fraîchement ouverte par un ours sorti des rochers.
  • À l’Estaque : des baigneurs retrouvent des empreintes de pattes géantes autour de leurs serviettes, la bouteille ayant mystérieusement disparu.
  • En cuisine : un habitant jure qu’un ours a toqué à sa fenêtre pendant qu’il préparait son aïoli, attiré par le verre posé sur la table.
  • Sur les terrains de boules : la rumeur la plus folle parle d’ours s’essayant à la pétanque.

Les journaux de l’époque, ravis de ce feuilleton estival, titrent sur “Des ours en Provence” ou “Une migration mystérieuse”. Bien entendu, tout cela a servi à asseoir la légende : le Quebec est si bon que même les ours quittent leur forêt pour en boire.

Le goût unique : qu’est-ce qu’il y a vraiment dedans ?

Loin des légendes, parlons du produit. Le Quebec n’est pas une simple limonade. C’est une boisson complexe qui déroute souvent les palais non avertis lors de la première gorgée.

Sa couleur brune pourrait faire penser à un cola, mais la comparaison s’arrête là. C’est une boisson aux extraits naturels de plantes, avec une dominante claire de réglisse et d’anis.

C’est cette composition qui lui vaut son surnom de “pastis des minots”. Elle permet aux enfants de faire comme les grands à l’heure de l’apéro, en ayant eux aussi leur verre teinté d’anis, mais sans une goutte d’alcool.

Le profil aromatique se décompose ainsi :

  • Une attaque franche sur la réglisse, qui apporte de la rondeur et du sucre.
  • Des notes herbacées et anisées qui rafraîchissent le palais.
  • Un final caramélisé qui reste en bouche.
  • Une pétillance fine, moins agressive que celle des sodas américains.

Ce goût particulier en fait l’un des produits marseillais les plus identitaires. On l’aime ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. C’est une saveur qui s’apprivoise et qui finit par manquer quand on s’éloigne du Vieux-Port.

Pac à l’eau : l’autre monument jaune citron

Impossible d’évoquer l’histoire des boissons marseillaises sans parler du frère d’armes du Quebec : le sirop Pac Citron. Si le Quebec est l’outsider brun, le Pac est le géant jaune.

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Né au début des années 60 (créé par la distillerie de la famille Geyer à Châteauneuf-les-Martigues), le Pac a réussi un tour de force : devenir un nom commun. Ici, on ne commande pas un “sirop de citron”, on commande un “Pac à l’eau”.

La bouteille est iconique : un verre transparent laissant voir un liquide jaune opaque, dense, presque fluo, mais garanti sans colorants artificiels bizarres. C’est du concentré de soleil.

La différence avec un sirop industriel classique est flagrante :

  • La texture : le Pac est épais, il faut bien secouer la bouteille avant de servir.
  • L’acidité : c’est un sirop qui a du peps, qui garde l’amertume du citron, pas juste du sucre liquide.
  • La préparation : il se dilue beaucoup (1 volume pour 7 à 10 volumes d’eau), ce qui en fait une boisson économique très prisée des familles nombreuses.

Le “Pac” est souvent associé aux souvenirs de retour de plage ou aux après-midis passés au cabanon. C’est la boisson de la soif par excellence, celle qui désaltère vraiment quand le thermomètre dépasse les 35 degrés.

Gambetta : quand Aubagne s’invite à la fête

Pour compléter la trinité des boissons locales, il faut faire un petit détour par Aubagne avec la limonade (et le sirop) Gambetta. Moins connue nationalement que les deux autres, elle reste une institution locale.

Le Gambetta est un sirop d’origine végétale, mélangeant fruits et plantes, avec des notes de figue, de mandarine et de plantes gentianes. C’est une saveur ancienne, un peu désuète, mais terriblement attachante.

On le consomme souvent en “Gambetta Limonade”, un mélange qui a bercé l’enfance de nombreux Provençaux. Sa couleur ambrée et son goût légèrement amer en font une alternative sophistiquée aux sirops de grenadine ou de fraise trop sucrés.

Ces trois marques (Quebec, Pac, Gambetta) partagent un point commun essentiel : elles sont la preuve vivante qu’on peut résister à la mondialisation du goût en restant fidèle à une recette de terroir.

Une histoire de résilience : de la disparition au retour en force

L’histoire du Quebec n’a pas été un long fleuve tranquille. La marque a connu des hauts et des bas, manquant de disparaître à plusieurs reprises face à la concurrence féroce de la grande distribution et des multinationales.

Dans les années 90 et 2000, la boisson se faisait plus rare. On la trouvait encore dans certaines épiceries fines ou chez les grossistes pour professionnels, mais elle avait perdu de sa superbe dans les rayons des supermarchés.

Le tournant s’opère en 2010. La marque change de mains et une nouvelle dynamique se met en place. Les nouveaux propriétaires comprennent qu’ils ont entre les mains un trésor du patrimoine immatériel de la Provence.

En 2020, la marque opère un grand coup de jeune en devenant “Quebec L’Original”. Le marketing est repensé, mais l’essentiel est préservé :

  • La recette reste inchangée (on ne touche pas au sacré).
  • L’ours est confirmé comme mascotte officielle, s’affichant fièrement en marinière.
  • L’ancrage local est renforcé avec une communication axée sur l’humour marseillais.
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Ce renouveau s’accompagne d’une prise de conscience écologique. La marque insiste lourdement : “Écoute minot ! Pour le bien-être des ours, de la planète et des pitchounes, ne jette pas tes bouteilles, recycle-les !”. Un message moderne porté par une figure historique.

Où trouver et comment déguster ces trésors ?

Si vous êtes de passage à Marseille en 2025, vous ne pouvez pas repartir sans avoir goûté. Mais attention, ces produits ne se trouvent pas partout dans le monde. C’est ce qui fait leur charme : il faut venir ici pour les apprécier pleinement.

Pour dénicher une bouteille de Quebec ou de Pac Citron, voici les meilleures pistes :

  • Les grandes surfaces des Bouches-du-Rhône : elles ont presque toutes un rayon “Produits régionaux” bien fourni.
  • Les épiceries fines du Panier ou du Cours Julien.
  • Certaines boulangeries traditionnelles qui vendent des boissons fraîches pour accompagner le déjeuner.

Pour la dégustation, il y a des règles à respecter si on ne veut pas passer pour un “fada” :

  • Le Quebec se boit très frais, sans glaçons si possible pour ne pas diluer le gaz, ou alors avec un seul gros glaçon.
  • Le Pac à l’eau se prépare avec de l’eau plate glacée, jamais avec de l’eau gazeuse (sacrilège pour les puristes, même si certains jeunes s’y essaient).
  • L’accompagnement idéal reste les spécialités locales comme les navettes à la fleur d’oranger ou quelques panisses frits.

Pourquoi ces marques résistent-elles encore ?

À l’heure où tout s’uniformise, le succès persistant de la boisson quebec origine et de ses acolytes est un phénomène rassurant. Il témoigne d’un attachement viscéral des habitants à leur culture quotidienne.

Boire un Quebec, ce n’est pas juste se désaltérer. C’est affirmer une appartenance. C’est dire “nous, on a nos propres codes”. C’est aussi un vecteur de transmission entre les grands-parents et les petits-enfants.

Quand un papé verse un verre de ce liquide brun à son petit-fils en lui racontant l’histoire de l’ours qui jouait à la pétanque, il transmet un bout de l’âme de Marseille. C’est une madeleine de Proust à la réglisse.

De plus, la tendance actuelle au “consommer local” et au retour du vintage joue en leur faveur. Les bouteilles au design rétro sont devenues branchées. On les voit réapparaître sur les tables des bars à la mode, non plus comme des reliques du passé, mais comme des icônes du style de vie méditerranéen.

Alors, la prochaine fois que vous descendez sur la Canebière, oubliez les sodas noirs à l’étiquette rouge que l’on trouve à Tokyo ou New York. Cherchez l’ours. Cherchez la bouteille jaune. Et goûtez à la véritable histoire de Marseille.

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